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MARTINIQUE
Phénomènes émergents liés aux drogues en 2001
Martinique
Rapports locaux des sites TREND - Juin 2002
INTRODUCTION
REPÈRES
ÉTAT DES LIEUX ET RÉSULTATS
DES OBSERVATIONS RÉALISÉES EN 2001

CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
LISTE DES SIGLES
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PRÉFACE DU CHEF DE PROJET TOXICOMANIE
La société civile inquiète, les élus interpellés, les parents déboussolés, l’errance, une réalité. L’ensemble de ces situations a pour cause un phénomène qui, depuis une dizaine d’années, s’affirme comme un fléau majeur en Martinique : la toxico-manie.
C’est elle qui peut donner à la délinquance un visage très inquiétant, celui de la violence, c’est elle qui nécessite une évolution du travail social de terrain par ledéveloppement des équipes de rue, c’est elle qui a donné à la Mangrove une conno-tation d’insécurité, c’est elle aussi qui a mis en exergue la comorbidité psychia-trique dont souffre un grand nombre de toxicomanes.
Face à cette situation, les pouvoirs publics, les professionnels de la santé, de l’action sociale, les élus, les associations se mobilisent pour intervenir sur les dif-férents champs de la lutte contre la toxicomanie et les conduites addictives :prévention, soins, prise en charge, lutte contre le trafic, répression.
Les résultats de cette mobilisation sont encourageants, qu’il s’agisse du travail réalisé par les deux CSST de Clarac et de l’UEJD, par l’antenne mobile de réductiondes risques, par les actions de formation du CIFAD, par les actions de préventionauprès des jeunes et des moins jeunes de la Brigade de prévention de la délinquancejuvénile, de différentes municipalités et de l’Éducation nationale, par l’aide apportéeaux parents confrontés au problème de la toxicomanie, par différentes associations,par la politique volontariste du parquet en matière d’injonctions thérapeutiques, parles audiences collectives de rappel à la loi.
Toutefois, pour progresser dans l’action sur les divers volets de la lutte contre la toxicomanie, il convient de connaître le plus précisément possible le phénomène,tant sur les produits utilisés que sur leurs usages. À cet égard, un outil existe : ledispositif TREND (Tendances récentes et nouvelles drogues) destiné à détecter lesphénomènes émergents, à comprendre les contextes, les modalités d’usage et lesimplications diverses de la consommation des substances, à suivre dans le temps lesévolutions de la consommation pour en dégager les tendances.
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Ce dispositif a été mis en œuvre en Martinique en 2001, laquelle fait partie des 13 sites TREND répartis sur l’ensemble du territoire français.
La coordination du site a été confiée à l’OSM et ce premier rapport, dont la qualité est à souligner, permet de mettre à disposition des décideurs, des profes-sionnels et des usagers, des éléments de connaissance qui seront très certainement CONTRIBUTIONS AU PROJET
susceptibles de modifier leurs décisions ou leurs pratiques.
TREND, comme son nom l’indique, nous apporte des informations sur les Coordinatrice du site
tendances nouvelles de consommation. Cette enquête nous permet d’anticiper en met- tant en place et en orientant les actions de prévention afin d’infléchir le processusd’augmentation de la consommation, de la violence et de la délinquance.
Rédaction du rapport
Vanessa Boudan, chargée d’étude OSM
Mme Flore Thérond-Rivani,
Sandrine Chatenay, chargée de mission OSM/CIRDD Directrice de la Santé et du Développement social de la Martinique
Sylvie Merle, directeur de l’OSMJacques Rosine, chargé d’étude OSM Mise en forme du rapport
Annie Dufeal, secrétaire de l’OSM
Enquêteur ethnographique
Roland Marie-Anne
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REMERCIEMENTS
Sylvie Abel, CHU de Fort-de-FranceDaniel Aglaé, CSRM-USSARD INTRODUCTION
Major Allain, Brigade de recherche drogues et dépendancesMarcellin Alonzo, Unité d’ÉcouteNicolas Ballon, CHU de Fort-de-FranceLieutenant Bahy, Police de l’air et des frontières TREND (Tendances récentes et nouvelles drogues) est un dispositif récemment Aimé Charles-Nicolas, CHU de Fort-de-France mis en place par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) pour identifier et décrire les phénomènes émergents liés à l’usage de produits psycho- actifs. Le premier rapport TREND en 2000 concernait uniquement la situation en France métropolitaine. Suite à une mission exploratoire de l’OFDT dans les dépar- tements d’outre-mer en juin 2000, les caractéristiques de ces départements ont été prises en compte dans le deuxième rapport TREND. Depuis 2001, il existe 13 sites TREND répartis sur le territoire français dont 3 en outre-mer (Guyane, Martinique, Réunion). En Martinique, la coordination du site TREND a été confiée à Pierre Guillard, Unité d’Écoute, SMPR l’Observatoire de la santé de la Martinique (OSM) en raison des travaux d’observation sur la toxicomanie menés depuis plusieurs années. L’année 2001 a également été pour l’OSM l’année de la mise en place du Centre d’information et de ressources sur les drogues et les dépendances conformément aux directives du plan triennal de la MDL-Chef Larrieu, Brigade de prévention de la délinquance juvénile Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie.
Murielle Lombart, Unité d’ÉcouteFrançois Mathie, Unité d’Écoute, Injonctions thérapeutiquesMarie-Elise Nebon, APEXPatrick Oliny, Police nationale de Fort-de-FranceViviane Petit Jean Roget, DSDSFrançoise Rentz, Unité d’ÉcouteMichel Ripert, DSDSSerge Samuel, CH du LamentinEric Thobor, APEX Phénomènes émergents liés aux drogues en 2001
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REPÈRES
LE SITE ÉTUDIÉ
La Martinique est un des quatre départements d’outre-mer. Située dans la zone Caraïbe, c’est une petite île de 1 100 km2 fortement peuplée. Le dernier recensementde l’INSEE en 1999 a dénombré 381 500 habitants dont 29,5 % ont moins de 20 ans,53,9 % entre 20 et 59 ans et 16,6 % 60 ans ou plus. L’évolution démographique dela Martinique est marquée par un net vieillissement de la population même si lastructure d’âge de la population reste plus jeune que celle de la France métropoli-taine. Malgré un solde naturel fortement positif (plus de naissances que de décès),la progression du nombre d’habitants est modérée car les départs restent supérieursaux arrivées (solde migratoire négatif). Contrairement à la Guadeloupe (avec lesîles du Nord) et surtout à la Guyane, la Martinique n’est donc pas confrontée à uneexplosion démographique.
La population martiniquaise est essentiellement issue du métissage des popula- tions amérindiennes, noires, blanches et indiennes qui ont occupé l’île au fil dessiècles. Contrairement à ce qui existe dans d’autres îles de la Caraïbe, il ne subsistepas de population indigène (Amérindiens) en Martinique. La population d’origineétrangère reste très minoritaire, 1 % de la population totale, et est constituée princi-palement d’Haïtiens et de Saint-Luciens. La densité de population est élevée (338 habi-tants au km2 en 1999), mais les zones de peuplement sont inégalement réparties. Ainsi,4 communes du centre regroupent près de 44 % de l’ensemble de la population alorsque certaines zones du nord de l’île sont presque inhabitées. Les communes deMartinique sont en général étendues et peuplées puisque sur 34 communes,12 comptent plus de 10 000 habitants et 2 un peu moins de 1 000 habitants.
La Martinique comptait 131 000 résidences principales au recensement de 1999, soit 23 % de plus qu’en 1990. Le renouvellement des logements, l’augmentation dunombre de ménages (décohabitation, développement démographique.) expliquentla forte demande en logements. La tendance est à la résorption de l’habitat insalu-bre. Par ailleurs, des mesures fiscales (défiscalisation) stimulent la construction denouveaux logements et l’offre en logements locatifs sociaux est en progression. Phénomènes émergents liés aux drogues en 2001
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Ce besoin en logements, alors que les terrains disponibles se raréfient, a conduit à LES ESPACES ÉTUDIÉS
construire des ensembles immobiliers qui regroupent parfois jusqu’à 1 500 ou2 000 personnes. Cette concentration amène les jeunes inactifs à se regrouper et Classiquement, le dispositif TREND étudie deux espaces : l’espace urbain et est parfois source de conflits pour le voisinage.
l’espace festif. L’espace urbain correspond en France métropolitaine à des zones L’économie de la Martinique est en croissance mais reste fragile car fortement urbanisées ou fortement urbanisées (ex. : Marseille, Lille, Toulouse). L’espace fes- dépendante des apports extérieurs (France métropolitaine, Communauté économique tif désigne les lieux où est diffusé un certain style de musique (dite « techno »), européenne). Le secteur primaire, très minoritaire, repose principalement sur la culture ainsi que les établissements de nuit. Cette dichotomie n’est pas aussi nette pour la de la canne à sucre et de la banane. On dénombre un peu plus de 21 000 entreprises Martinique. En effet, l’observation porte sur l’ensemble du département même des secteurs de l’industrie, du commerce et des services. Ces entreprises se caracté- si les zones fortement peuplées fournissent la majorité des informations. Par risent par leur petite taille, plus de la moitié n’ont aucun salarié et seules 2 % ont plus exemple, les structures spécialisées qui prennent en charge les toxicomanes sont de 20 salariés. Le tourisme est un secteur clé de l’économie, essentiellement grâce à implantées à Fort-de-France, mais le public accueilli provient de l’ensemble des l’hôtellerie, mais la clientèle touristique provient en majorité de France métropolitaine communes de l’île. Par contre, les données recueillies en 2001 par l’enquêteur (80 %) et l’attraction sur les autres pays est faible (10 % de touristes originaires de la ethnographique portent essentiellement sur des communes du Sud.
Caraïbe, 5 % d’Europe et 5 % du reste du monde).
Selon les critères de l’INSEE, 92 % de la population martiniquaise réside dans Le Produit intérieur brut par habitant a fortement progressé : en 1997, il était de des communes urbaines et seulement 8 % dans des communes rurales. Mais ces l’ordre de 85 700 F, soit une progression moyenne annuelle de 9 % par rapport à la notions d’urbain et de rural ne correspondent pas tout à fait aux réalités métropo- fin des années 1980. Malgré cela, il reste inférieur à celui de toutes les autres régions litaines, et les banlieues des villes centres de Martinique ne sont pas les mêmes que de France métropolitaine. Par contre, il est 3 à 4 fois plus élevé que celui des îles celles de métropole. Par exemple, Saint-Joseph est une banlieue de Fort-de-France Le taux de chômage est élevé (26 %) et touche plus particulièrement les femmes L’espace festif a été peu investigué en 2001 en Martinique. La musique techno (31 %) et les jeunes de moins de 25 ans (49 %). L’INSEE relève également que ne correspond pas tellement aux goûts de la jeunesse locale et le phénomène l’emploi précaire, c’est-à-dire les contrats de courte durée, le travail intérimaire et rave party est très peu développé. Par contre, quelques informations sur les boîtes les stages rémunérés, est en progression. En partie conséquence des plans de lutte de nuit ont été recueillies. À l’avenir, il pourrait être intéressant d’enquêter lors de contre le chômage, il touche près de 10 % des actifs occupés.
certains rassemblements musicaux propres aux Antilles : sound system, concerts Les difficultés économiques de la Martinique se reflètent également à travers la forte proportion de personnes bénéficiant d’une allocation d’assistance (Revenu Les thèmes principaux investigués en 2001 sont relatifs à la disponibilité, au minimum d’insertion, allocation parent isolé, minimum vieillesse). Par ailleurs, prix, aux modes d’administration, aux contextes de consommation, au profil des l’enquête Budget des familles 1994-1995 de l’INSEE a permis d’établir que usagers et aux problèmes sanitaires relatifs à l’usage de substances.
15 % des ménages, ou 1 Martiniquais sur 6, vivent en dessous du seuil de pauvreté.
L’état de santé des Martiniquais s’est globalement amélioré et est désormais très proche de celui des habitants des régions de France métropolitaine. Des quatre LES MÉTHODES DE TRAVAIL UTILISÉES
départements d’outre-mer, c’est en Martinique que l’espérance de vie est la meilleureavec même un niveau supérieur à celui de la métropole pour le sexe masculin. Les En Martinique, le site TREND s’est mis en place progressivement au cours de problèmes de santé sont pratiquement les mêmes qu’en France métropolitaine l’année 2001. L’efficacité du dispositif repose sur un réseau d’observateurs qui (hypertension artérielle, diabète, cancers.) avec quelques particularités. Les pro- s’améliorera et se renforcera au fil du temps. Pour l’année 2001, les informations blèmes de santé spécifiques à la région sont peu nombreux, on peut citer notamment proviennent essentiellement de quatre grandes sources : la drépanocytose, la dengue et l’infection par le virus HTLV I.
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L’observation ethnographique de l’usage
■ la régulation ;■ le petit trafic ; À partir de juillet 2001, Roland Marie-Anne a été recruté en tant qu’enquêteur ■ l’existence d’une scène ouverte.
ethnographique. Son activité de prévention de la toxicomanie dans certainescommunes du sud de l’île l’amène à être en contact avec les jeunes et les usagers.
Un phénomène émergent étant en général flou et difficile à cerner, il a été Par ailleurs, il soutient certains toxicomanes qui ont décidé d’entrer dans un pro- demandé aux informateurs d’apprécier les évolutions par rapport aux années cessus de prise en charge et les accompagne dans leur parcours. Il rend compte précédentes telles qu’ils les ressentaient, et non de rapporter uniquement des infor- régulièrement de ces observations par écrit ou par oral (cassettes enregistrées) et mations validées. Chaque structure a également relevé les deux éléments les plus marquants qui ont eu lieu au cours de l’année écoulée.
Les groupes focaux
L’enquête transversale « bas seuil »
Pour la première fois en 2001, des groupes focaux ont été réalisés dans chacun En juillet et août 2001, une enquête nationale a été réalisée auprès de toutes les des sites TREND pour améliorer les connaissances dans deux domaines : l’état de structures de première ligne prenant en charge des toxicomanes, dites aussi struc- santé des toxicomanes et l’organisation du trafic. Un groupe focal est un groupe de tures de « bas seuil ». Il a été demandé à ces structures de remplir, pour tous les discussion qui rassemble une douzaine de personnes sélectionnées sur leurs utilisateurs vus au cours de la période d’enquête, un questionnaire anonyme compétences et leurs expériences dans un domaine donné pour permettre l’identi- recueillant des informations sur leurs caractéristiques et leurs consommations. fication d’opinions convergentes sur des phénomènes émergents dans le champ des À la demande de la Direction générale de la santé, l’enquête 2001 comportait un dommages sanitaires (groupe focal sanitaire) ou dans celui du trafic (groupe focal volet spécifique pour le Rohypnol®. Chaque structure devait recueillir entre 50 et répressif). Les deux groupes focaux ont été organisés à la fin du mois de janvier 100 questionnaires. En Martinique, l’APEX et l’action « Bus mangrove » sont des 2002. Les synthèses de ces deux groupes figurent en annexes au présent rapport.
structures de première ligne, mais cette action dans la mangrove n’ayant lieu qu’unaprès-midi par semaine, seule l’APEX a été retenue pour cette enquête. La réalisation Le recueil qualitatif
au cours de l’été n’a pas facilité le bon déroulement de l’étude et seuls 30 ques-tionnaires ont pu être exploités.
Chacune des trois structures principales qui prennent en charge les toxicomanes en Martinique, c’est-à-dire l’APEX, le Centre de soins et de réinsertion de Clarac Autres sources d’informations
et l’Unité d’Écoute, ont rempli un questionnaire qualitatif commun à tous les sitesTREND en collaboration avec la coordinatrice TREND Martinique. Ces question- D’autres informations ont été recueillies auprès de personnes fréquentant ou naires portent, pour 17 produits ou groupes de produits, sur 11 thématiques diffé- travaillant dans le milieu de la nuit. Des entretiens ont eu lieu avec des toxicomanes ou d’anciens toxicomanes. Des visites sur le terrain (mangrove du Lamentin) ont été réalisées dans le cadre de l’action « Bus mangrove » grâce à l’OMASS et à l’Unité d’Écoute et dans les rues de Fort-de-France avec l’APEX mobile de l’APEX.
■ l’état de santé ;■ la disponibilité ;■ l’accessibilité ;■ le prix ;■ la préparation ;■ la perception ; Phénomènes émergents liés aux drogues en 2001
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ÉTAT DES LIEUX ET RÉSULTATS
DES OBSERVATIONS RÉALISÉES EN 2001

LES USAGERS DE PRODUITS
État des lieux du site
Les consommateurs de crack représentent la très grande majorité des usagers dépendants de substances psychoactives. On observe toujours une forte proportiond’hommes (9 hommes pour 1 femme) et la tranche d’âge la plus souvent touchéeest celle des 25-39 ans. Les premières consommations se situent en moyenne entre20 et 25 ans, presque toujours après celles d’herbe de cannabis. Parmi les consom-mateurs de crack vus à l’APEX dans le cadre de l’enquête transversale « bas seuil »,les consommations ont débuté le plus souvent entre 18 et 30 ans mais aussi dès11 ans pour l’un d’entre eux.
Socialement, tous les milieux peuvent être touchés, mais les consommateurs de crack, le plus souvent repérés par les services sanitaires ou répressifs, proviennentdes catégories socioprofessionnelles les moins favorisées. Certains usagers arriventà maintenir leur insertion sociale et familiale tout en consommant du crack.
Fréquemment, on constate que leurs consommations restent modérées ou non quo-tidiennes et que le produit est consommé surtout sous forme de black-joint. Maiscet équilibre est fragile et une augmentation de la consommation peut conduirerapidement à la perte d’un emploi ou à la rupture des liens familiaux.
Le profil type du toxicomane au crack suivi par le Centre spécialisé de soins pour toxicomanes (CSST) de Clarac est un homme de 32 ans, célibataire, le plussouvent non diplômé ou titulaire d’un CAP, ayant un logement et dont les res-sources sont de moins de 5 000 F par mois. Ce profil type a été établi à partir dela clientèle des consommateurs de crack pris en charge au CSST de Clarac de1997 à 2000 (N = 520 sujets). Étant donné le faible nombre de structures pre-nant en charge des toxicomanes en Martinique (principalement les CSST del’Unité d’Écoute et de Clarac), cette analyse de clientèle fournit des informations Phénomènes émergents liés aux drogues en 2001
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intéressantes qui doivent tenir compte du fait que les toxicomanes ayant un entou- substances psychoactives soit de nationalité française et originaire de Martinique rage familial financièrement aisé sont souvent pris en charge en dehors de la (par exemple, 92 % des toxicomanes au crack suivis par le CSST de Clarac sont nés Les usagers de cannabis sont les plus nombreux même si leur nombre exact La population d’origine métropolitaine qui vit en Martinique est peu nombreuse n’est pas connu avec précision. Le plus souvent ils ne sont repérés ni par les struc- (de l’ordre de 5 à 8 % de la population) et peut se répartir schématiquement en deux tures sanitaires ni par les structures répressives.
groupes. Le premier, numériquement le plus nombreux, est composé de fonction- L’usage chez les jeunes est en progression avec toujours une plus forte propor- naires dont la durée moyenne de résidence sur l’île est de quatre ans ou de professions tion chez les garçons que chez les filles. Les CSST voient assez peu d’usagers intermédiaires et supérieures qui sont venues occuper des postes assez spécialisés principaux de cannabis, mais l’Unité d’Écoute reçoit de plus en plus de jeunes dont avec un niveau de rémunération confortable. Le deuxième groupe, probablement en la consommation de cannabis traduit souvent des difficultés relationnelles. Des augmentation même si ses effectifs sont encore faibles, est composé de personnes prises en charge psychiatrique peuvent aussi être nécessaires, dans le cadre d’un plus bohèmes (gens de la mer, « artistes ».) ou parfois beaucoup plus marginales CSST ou non, pour des psychoses cannabiques ou des patients schizophrènes dont et qui peuvent rapidement se retrouver en situation d’exclusion lorsqu’elles sont la consommation de cannabis va révéler la maladie.
confrontées aux difficultés du marché de l’emploi en Martinique.
La majorité des usagers « non problématiques » de cannabis n’est connue ni du Les consommateurs de substances psychoactives sont plus nombreux dans le domaine sanitaire ni du domaine répressif. Fin 2000, une procédure originale a été deuxième groupe, ce sont soit des usagers de cannabis qui conservent leurs habi- mise en place par le Parquet de Fort-de-France, il s’agit des « audiences collecti- tudes une fois installés dans l’île, soit d’anciens usagers d’opiacés qui s’adaptent ves de rappel à la loi ». Tout sujet pris en fragrant délit d’usage de cannabis est au marché local (crack / alcool / médicaments) ou qui sont pris en charge dans un convoqué à une audience au cours de laquelle un représentant du procureur, un intervenant du champ sanitaire et un intervenant du champ répressif lui expliquent En Martinique, comme dans d’autres îles de la Caraïbe, une petite proportion les risques encourus pour sa santé et le cadre légal rattaché à l’usage de cannabis.
de la population adhère aux valeurs du rastafarisme. Traditionnellement, l’herbe Un questionnaire anonyme permet d’obtenir quelques renseignements sur les per- de cannabis fait partie du mode de vie des « rastas » et a souvent justifié leur mise sonnes qui se rendent à cette convocation. Sur une année d’activité (janvier 2001 à à l’index. Pour eux, l’usage de la « ganja » est à resituer dans le cadre plus large janvier 2002), 110 questionnaires ont été recueillis. Il s’agit presque toujours d’une opposition entre la maîtrise d’une pharmacopée traditionnelle et le dévelop- d’hommes (1 seule femme), plutôt jeunes, l’âge moyen est de 24 ans (14 à 49 ans).
pement d’une médecine moderne, tributaire de l’industrie chimique. De fait, la Le plus souvent ils vivent seuls ou chez leurs parents. Un sur quatre est toujours sco- « ganja », en tant que « création divine et naturelle permettant l’union mystique du larisé et un sur trois est à la recherche d’un emploi. Lorsqu’ils travaillent, une fois corps et de l’esprit », a pour eux un statut différent des autres substances psycho- sur deux il s’agit d’un emploi précaire. Ils rapportent avoir fumé de l’herbe en actives. La diffusion du crack dans les années 1980 n’a pas, dans un premier temps, moyenne vers 16,5 ans (extrêmes : 8 ans et 47 ans).
touché cette communauté. Actuellement, on observe que certains rastas consomment En ce qui concerne leur consommation de cannabis au cours des 30 derniers et/ou revendent du crack, avec même pour certains une justification de cette consom- jours, un tiers fume 1 à 2 fois par semaine, un tiers fume plus souvent et un tiers moins souvent. Les signes traduisant un certain degré de dépendance psychiquesont retrouvés dans une proportion non négligeable : 25 % fument souvent le matin Comorbidité
ou à midi, 42 % fument souvent lorsqu’ils sont seuls. Par contre, les autres produitsillicites ont rarement été expérimentés (crack : 8 cas, cocaïne : 1 cas, autres produits : Les troubles mentaux sont probablement la pathologie comorbide la plus fréquente chez les toxicomanes au crack. Des études sont en cours sur ce sujet en La population d’origine étrangère, peu nombreuse en Martinique, 1 % au Martinique, mais d’ores et déjà il apparaît que 20 % des toxicomanes pris en charge recensement de 1999 (INSEE), est composée essentiellement de Saints-Luciens ou souffriraient de comorbidité psychiatrique et que 30 % des patients comorbides d’Haïtiens. Ceci explique probablement que la très grande majorité des usagers de suivis en psychiatrie consomment du crack. Les complications psychiatriques liées Phénomènes émergents liés aux drogues en 2001
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à la consommation de crack se traduisent le plus souvent par des troubles délirants On sait qu’il existe une prostitution surtout hétérosexuelle mais aussi homo- marqués par des épisodes persécutifs et des comportements de recherche stéréo- sexuelle autour de l’usage de crack. Les usagers rapportent également que lors- typée (le sujet scrute le sol des lieux où il a fumé à la recherche de petits morceaux qu’ils consomment la nuit ou dans la mangrove, la prise de crack va entraîner un de crack qui auraient pu lui échapper).
rapport sexuel rapide avec la personne qui sera là (homme ou femme) le plus sou- Devant certains tableaux psychiatriques, il est parfois difficile de savoir si c’est vent sans préservatif. L’usage du préservatif n’est donc pas systématique, tout la consommation de crack qui est responsable de la symptomatologie ou si les trou- dépend du contexte. Les intervenants auprès des toxicomanes, par exemple l’OMASS bles psychiatriques préexistaient et que la consommation de crack les a révélés. Le et l’Unité d’Écoute dans le cadre de l’opération « Bus mangrove », sont conscients plus souvent, on observe une disparition des manifestations pathologiques après de ces situations à risques et distribuent largement des préservatifs.
quelques mois d’abstinence ; mais, si les troubles persistent, on est alors amené àposer le diagnostic de schizophrénie.
Phénomènes émergents
Globalement, les toxicomanes au crack présentent assez peu de symptômes lors- qu’ils consomment, ceci s’explique probablement par l’effet anesthésiant du crack.
On ne peut pas à proprement parler d’émergence de nouvelles populations Par contre, lors des périodes d’abstinence les symptômes apparaissent, notamment d’usagers en Martinique au cours de l’année 2001, mais les deux phénomènes les les phénomènes douloureux. Les principaux problèmes de santé sont essentiellement plus notables sont probablement une progression des consommateurs dans les traumatologiques (fractures, cicatrices, amputations) et dermatologiques (plaies tranches d’âge les plus jeunes (moins de 20 ans) et une féminisation un petit peu surinfectées, mycoses) en lien avec le mode de vie. On peut observer également plus marquée. Ces deux tendances peuvent également s’appliquer au trafic, mais des manifestations pulmonaires : toux, bronchite chronique, recrudescence d’un correspondent toujours à de faibles proportions.
asthme chez les sujets prédisposés ou plus rarement des cas d’emphysème. La symp- Chez les jeunes, on observe notamment une banalisation du cannabis, qui est tomatologie cardio-vasculaire est également fréquente, se manifestant par des dou- même parfois un rite de passage de l’adolescence, en rapport probablement avec le leurs thoraciques, mais les examens complémentaires ne retrouvent pas d’atteinte discours ambiant autour de la dépénalisation. Par ailleurs, l’argent facilement gagné organique, le crack entraîne des spasmes sur des artères coronaires normales. L’état avec le deal et l’exemple des aînés attirent certains jeunes vers ce milieu, le marché nutritionnel est rarement satisfaisant et l’arrêt de la consommation se traduit par du travail en Martinique étant difficilement accessible aux plus jeunes et aux moins une reprise de poids rapide (jusqu’à un kilo par jour). Les consommateurs de crack ont souvent des problèmes dentaires. Les dents de devant (incisives supérieures On voit également apparaître chez quelques jeunes filles certains comporte- surtout) peuvent être très abîmées, voir absentes, alors que les autres dents ne ments violents ou de « rébellion » qui étaient auparavant plutôt l’apanage des présentent pas ces altérations. Cette dégradation serait liée à l’effet vasoconstricteur garçons. Ces jeunes filles peuvent ainsi quitter très tôt (14-15 ans) le domicile fami- du crack qui, à la longue, déchausserait et casserait les dents.
lial et s’organiser en bandes avec des garçons, vivre dans des squats et être impli- Le faible recours à l’injection intraveineuse ne favorise pas la diffusion des quées dans l’usage et/ou le deal de substances psychoactives.
maladies infectieuses transmises par le sang. Le plus souvent, les toxicomanes Les années passant, le nombre de toxicomanes au crack ayant une certaine martiniquais ne connaissent pas leur statut sérologique vis-à-vis des virus du Sida, ancienneté de consommation (10-15 ans) augmente. Ils sont les premiers à se de l’hépatite B et de l’hépatite C. La Martinique fait partie des régions fortement plaindre de troubles comme des pertes de mémoire et les soignants remarquent touchées par le virus du Sida, mais le mode de transmission prédominant est la voie aussi cette altération des fonctions supérieures chez ces usagers.
sexuelle (hétérosexuelle principalement). Les contaminations suite à une injection L’exclusion sociale progresse en Martinique et se traduit notamment par une intraveineuse de produits psychoactifs sont de l’ordre de 4 % chez les femmes et population en situation d’errance plus visible dans les rues de Fort-de-France. Parmi de 7 % chez les hommes. Parmi la file active des consommateurs de crack de ces exclus, les plus âgés sont très souvent des consommateurs excessifs d’alcool, l’USSARD à l’hôpital Clarac, environ 1 sur 10 est séropositif pour le virus du Sida.
alors que parmi la tranche des 20-40 ans on observe une forte proportion de toxi- Parmi les 16 consommateurs de crack recrutés lors de l’enquête transversale « bas comanes au crack et/ou de personnes présentant des troubles psychiatriques. Ces seuil », 11 avaient déjà fait un test de dépistage et un seul était séropositif.
constatations ont motivé la mise en place d’une unité mobile (l’APEX mobile) par Phénomènes émergents liés aux drogues en 2001
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l’Association de prévention de l’exclusion sociale (APEX) qui, trois soirs par En population générale adulte, peu d’informations sont disponibles sur l’usage semaine, va au contact de ces personnes et les incite à venir chercher aide et prise du cannabis. Lorsque l’on a demandé, dans le cadre de l’enquête « Santé men- en charge auprès des structures adaptées.
tale », à un échantillon de 900 personnes représentatives de la population martini- Enfin, dans le milieu des usagers et surtout dans le milieu du deal, on assiste de quaise de 18 ans et plus, « Avez-vous consommé au cours des 12 derniers mois, plus en plus à une accentuation de la violence qui se traduit régulièrement par des une ou plusieurs fois, un produit dans le but de planer, changer votre humeur ou agressions, des coups et blessures et même des morts.
vous défoncer ? », 4,4 % déclarent avoir pris du cannabis. Cette proportion atteintpresque 8 % quand on ne considère que les réponses de ceux qui ont entre 18 et45 ans.
LES PRODUITS
La probable progression de l’usage de cannabis se retrouve aussi dans les statistiques des interpellations. L’Office central de répression du trafic illicite destupéfiants recense 62 interpellations pour usage et usage-revente de cannabis en État des lieux
En Martinique, le cannabis est presque exclusivement consommé sous forme Le cannabis
d’herbe. Il existe une petite production locale, mais la majorité provient de deux îlesvoisines : Sainte-Lucie et Saint-Vincent. L’herbe de Saint-Vincent (la « rouge ») Le cannabis est pratiquement la seule substance psychoactive interdite par la est d’ailleurs réputée pour sa qualité auprès des consommateurs. La production loi utilisée à titre d’expérimentation ou régulièrement chez les jeunes martiniquais locale d’herbe est souvent le fait de « rastas » qui la font pousser plus pour leur scolarisés. Des enquêtes menées depuis 1994 en milieu scolaire montrent égale- consommation personnelle et l’approvisionnement de leurs relations que pour ment une augmentation de son usage (11 % des lycéens ayant utilisé au moins une alimenter un véritable réseau de distribution.
fois le cannabis en 1994 contre 22 % en 2000).
Depuis deux ou trois ans, on voit apparaître également une consommation de Les différences de consommation selon le sexe sont nettes. Au collège (moyenne résine de cannabis (shit), laquelle n’est pas fabriquée dans la zone Caraïbe mais d’âge 15 ans), 22 % des garçons contre 9 % des filles ont déjà consommé au moins arrive probablement de France métropolitaine. Il s’agit de plus en plus d’un mar- une fois du cannabis. Au lycée (moyenne d’âge 18 ans), ces proportions atteignent ché qui s’organise et non pas simplement d’un approvisionnement en fonction des 30 % chez les garçons et 14 % chez les filles. Au collège, et chez les filles au lycée, un jeune sur deux est expérimentateur, c’est-à-dire qu’il a essayé l’herbe, le plus Tous les modes de préparation peuvent se voir : l’herbe seule ou mélangée avec souvent par curiosité, mais qu’il n’a pas renouvelé l’expérience. Par contre, chez du tabac, le shit mélangé avec du tabac et aussi un mélange des trois : herbe + shit les garçons lycéens, deux tiers sont des consommateurs occasionnels ou réguliers et les expérimentateurs ne représentent plus que le tiers des consommateurs.
Le cannabis est très souvent consommé en association avec de l’alcool, de la bière La réalisation pour la première fois de l’enquête ESCAPAD 2001 dans les départements d’outre-mer a permis d’avoir des informations sur les consomma- Les prix sont restés stables en 2001, environ 100 F pour une enveloppe de 10 g, tions des jeunes qui participent à la Journée d’appel de préparation à la défense.
50 F pour une demi-enveloppe. Au-dessus de 10 g, le conditionnement se fait en Chez ces sujets, qui ont 17-18 ans, on retrouve encore une différence garçons-filles sachets plastiques de 25, 50 ou 500 g.
et des expérimentations rarissimes pour les autres substances psychoactives que le Le produit est relativement accessible, mais dans certains quartiers il est parfois cannabis. En 2001, un garçon sur quatre (24 %) et une fille sur huit (12 %) décla- plus facile de trouver du crack que de l’herbe.
rent avoir déjà consommé du cannabis au cours de leur vie, en moyenne vers 15 ans Le shit est plus facilement disponible dans les communes ou les lieux fréquen- pour les garçons et 16 ans pour les filles. Ces niveaux de consommation sont très tés par la population d’origine métropolitaine.
inférieurs à ceux qui sont déclarés par les jeunes en métropole dans le cadre de lamême enquête.
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Le crack
Le crack est fumé sous forme de black-joint en émiettant les morceaux de crack dans un joint d’herbe ou plus souvent de tabac. Il semble que l’utilisation du tabac Le crack est arrivé en Martinique comme dans les autres îles de la Caraïbe dans soit préférée à celle de l’herbe, car ainsi les effets du produit sont moins imprévi- les années 1980. La situation de la Martinique, à proximité des grands pays pro- sibles. Ceci s’expliquerait par le fait que certains effets du crack pourraient être ducteurs d’Amérique du Sud et sur les voies de distribution vers les grosses zones de consommation (Amérique du Nord, Europe), a favorisé le développement d’un On consomme aussi le crack « à la pipe », soit avec une pipe (tuyau de plom- berie récupéré), une cannette de bière ou de soda, ou une pipe à eau. Dans ce Le nombre de consommateurs de crack n’est pas connu avec précision. L’en- dernier cas, on a observé que l’eau pouvait être remplacée par de l’alcool (rhum) quête « Santé mentale » réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 900 personnes qui était bu une fois le crack consommé. Cette association crack-alcool est très de 18 ans et plus ne retrouve qu’une seule personne déclarant avoir consommé du souvent retrouvée ; certains usagers mentionnent que le fait de boire de l’alcool crack au cours des 12 derniers mois. Mais les enquêtes en population générale ne sont leur donne une envie irrépressible de fumer du crack, alors que d’autres ont envie pas la méthode appropriée pour mesurer des prévalences de consommation pour de de boire de l’alcool après avoir fumé du crack. Certains nouveaux consomma- tels produits. La file active du CSST de Clarac, qui fonctionne depuis février 1997, teurs utilisent aussi des doseurs à pastis en verre pour fumer le crack alors que recense près de 700 consommateurs de crack au 31 décembre 2001. Le nombre total cette boisson est peu consommée en Martinique. Il semble aussi que chez ces de consommateurs de crack pour la Martinique n’est pas connu avec précision mais nouveaux consommateurs l’échange de matériel soit moins répandu que chez on sait qu’il a augmenté régulièrement au cours des années 1990, comme en témoi- gnent l’activité des structures de prise en charge ou les statistiques de la prison ou De manière générale, la consommation de crack sous forme de black-joint encore celles des interpellations. Par exemple, l’OCRTIS recense 25 interpellations donne moins de violence et de paranoïa, alors que la consommation à la pipe est pour usage et usage-revente de crack en 1992 contre près de 200 en 1999 et 2000.
plus compulsive et entraîne une augmentation des doses. On appelle « huile » ce Chez les jeunes scolarisés, l’expérimentation est très rare (< 0,5 %, collégiens qui reste au fond d’une pipe lorsqu’on a fumé plusieurs cailloux de crack dedans.
ou lycéens) et se fait plutôt sous forme de black-joint. L’enquête ESCAPAD 2001 Certains pensent que cette huile est beaucoup plus forte qu’un caillou et que sa a également retrouvé très peu de jeunes ayant consommé ce produit. Ceci est en consommation pousse à commettre des actes délictueux comme des vols ou des concordance avec l’âge aux premières consommations déclaré par les usagers pris en charge et le fait qu’ils sont souvent sortis du circuit scolaire dès le collège. Si la Les prix sont variables en fonction du consommateur, de ses moyens financiers tendance actuelle du rajeunissement des consommateurs se confirme, cela devrait et des conditions du marché. Généralement, un caillou permettant de tirer deux ou se retrouver dans les prochaines enquêtes menées en milieu scolaire.
trois taffes sera vendu 100 F ; un black-joint 10 F. Les périodes de « pénurie » Le crack consommé en Martinique arrive le plus souvent « prêt à l’emploi » entraînent une diminution des doses ou une augmentation des prix. Lorsque des comme en témoignent les saisies, alors que le chlorhydrate de cocaïne est rarement opérations de « nettoyage » se produisent dans les îles voisines ou que, comme en intercepté. Sa fabrication ne nécessite pas de gros moyens techniques et le crack 2001, un réseau est démantelé localement, les prix flambent.
consommé ici est fabriqué en ajoutant du bicarbonate de sodium au chlorhydrate Le marché local a longtemps été dominé par des fournisseurs saint-luciens qui de cocaïne. Les usagers se plaignent que la qualité du crack a diminué. Les effets s’appuyaient sur des chefs de deal martiniquais. Actuellement, on observe a priori après consommation ou l’odeur peuvent être différents d’un caillou à un autre, ce deux organisations : l’une plutôt dominée par les Martiniquais, l’autre plutôt dominée qui les amène à dire qu’il y aurait plus de mélange dans le crack qui se vend main- par les Saint-Luciens. Dans le premier cas, il s’agit de Martiniquais qui ont voulu tenant. Certaines substances (ammoniaque, kérosène.) seraient ajoutées pour reprendre à leur propre compte ce que faisaient les Saint-Luciens, tout en gardant augmenter le volume. On voit également apparaître du faux crack, à base de savon, des liens avec les îles anglophones pour s’approvisionner mais en se méfiant des de cire ou d’autres substances. Certaines personnes attirées par l’argent facile le « Anglais », car des règlements de compte parfois mortels ont eu lieu entre ressor- fabriquent en utilisant parfois une petite quantité de vrai crack, mais ensuite elles tissants des deux îles. Dans le second cas, on remarque que la simplification des doivent faire face à la colère des usagers et des dealers.
formalités administratives pour les ressortissants de Sainte-Lucie (suppression des Phénomènes émergents liés aux drogues en 2001
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visas) facilite les déplacements des originaires de cette île qui viennent déposer Les opiacés
leur marchandise, repartent et reviennent plus tard chercher leur argent. Certainesjeunes femmes également font des séjours d’une semaine chez des compatriotes Les usagers d’héroïne sont très peu nombreux à la Martinique. Ce sont des métropolitains venus chercher une rupture avec le produit ou des Martiniquais Il est désormais possible de s’approvisionner en crack dans pratiquement toutes ayant vécu en métropole et qui ont commencé à consommer là-bas. On assiste les communes de la Martinique alors qu’autrefois ce produit était vendu dans des lieux aussi à l’apparition d’usagers qui fument de l’héroïne, a priori plutôt dans des particuliers : la Savane à Fort-de-France, la Mangrove et le Lareinty au Lamentin.
milieux favorisés, les prix étant plus élevés que ceux du crack. Il a également été Les opérations de « nettoyage » menées sur ces sites ont conduit à un essaimage des rapporté l’usage d’héroïne et de cocaïne, sniffées, au cours de fêtes dans des lieux de deal sur toute la Martinique. Ceci s’est accompagné d’une multiplication des petits dealers, très mobiles sur leur scooter ou leur moto, allant parfois jusqu’à À condition de connaître les bonnes personnes, il est possible de trouver de livrer à domicile leurs clients les plus aisés. L’organisation est certes pyramidale l’héroïne. L’héroïne disponible localement est la blanche, elle serait vendue entre mais à petite échelle et avec de multiples petits réseaux.
200 et 400 F le gramme. La brune ne serait pas sur le marché alors qu’il y en aen Guyane.
La cocaïne
Il n’existe qu’une seule structure pour les usagers de méthadone, le centre de substitution de l’hôpital Clarac. En 2001, 15 personnes y ont été suivies, il s’agit L’essentiel de la consommation de cocaïne se fait sous forme de free-base presque toujours de personnes ayant commencé leur substitution en métropole.
ou crack, cocaïne du pauvre. Mais il existe un petit marché de « sniffeurs » de Le plus souvent ce sont des hommes entre 25 et 35 ans. Certains consomment cocaïne qui sont le plus souvent d’un milieu socioprofessionnel favorisé. Ces aussi du crack (moins de 1 sur 4) en y associant de l’alcool et des médicaments.
usagers pensent d’ailleurs être « au-dessus » des consommateurs de crack. Les La méthadone est parfois utilisée comme monnaie d’échange mais n’est pas forces répressives estiment que deux ou trois personnes font entrer le produit a priori vendue. Les usagers ont tendance à faire des stocks, plus pour leur consom- sur l’île et alimentent ainsi 200 à 300 consommateurs réguliers. C’est un mar- mation personnelle (ne jamais être à court de produit) que dans un objectif de ché très discret avec le plus souvent livraison à domicile, il serait aussi possible d’en trouver dans certaines boîtes de nuit. La consommation se fait générale- La prescription de Subutex® est assez faible. Les usagers qui acceptent les ment au cours de fêtes entre amis et s’accompagne souvent d’alcool (whisky, mêmes contraintes de prise en charge que celles de la méthadone peuvent obtenir Champagne). Les prix se négocient autour de 700 à 800 F le gramme et les leur prescription du centre de substitution de l’hôpital Clarac (5 personnes ont réseaux aussi bien pour le trafic que pour les consommateurs sont nettement été régulièrement suivies en 2001), sinon quelques médecins généralistes ou les séparés entre cocaïne et crack. La quantité circulant en Martinique serait en aug- urgences du CHU de Fort-de-France en prescrivent également. La très grande majorité du Subutex® est délivrée par une pharmacie du Marin, commune du sudde l’île où est installée une grande marina. Il semble que le trafic autour de ce L’ecstasy et les amphétamines
produit soit très faible, tout d’abord parce que les quantités circulant sont faibleset puis parce qu’il n’attire pas les consommateurs locaux de crack. On peut par- Ces produits de synthèse ne correspondent pas aux attentes des usagers locaux fois en trouver dans la mangrove où il n’est pas vendu mais troqué contre du crack et leur consommation est peu développée. On commence cependant à trouver plus et utilisé alors pour gérer la descente après la consommation de crack.
facilement de l’ecstasy, notamment au cours de la période estivale. L’approvision- Le Néocodion® fait parfois l’objet de quelques demandes dans les pharma- nement est fonction des déplacements vers la métropole. La clientèle serait plus cies par une clientèle métropolitaine, alors que l’utilisation de Skenan® et de volontiers métropolitaine, adepte des milieux de la nuit et le comprimé se négocierait Moscontin® n’a pas été rapportée.
autour de 250 F. Pour l’instant, ce marché reste très peu visible et il est nécessaired’être connu du milieu pour s’approvisionner.
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Les hallucinogènes
Ces dealers ont un « esprit bizness » et n’ont pas d’états d’âme vis-à-vis de leurs clients. L’arrivée de jeunes antillais ayant longtemps vécu en métropole amène de L’usage de LSD reste anecdotique mais on commence à en reparler et il nouvelles manières de faire, souvent beaucoup plus brutales. La violence entre semblerait qu’il soit possible de se procurer des produits présentés sous forme de dealers ou entre dealers et usagers est importante et les règlements de compte se mul- buvard dans certaines boîtes de nuit.
tiplient. Certains dealers utilisent également les toxicomanes « non solvables » pour Le datura, qui pousse localement, ainsi que les champignons hallucinogènes, commettre des petits larcins en échange de quelques cailloux de crack. On constate appelés ici « champignons bouse de vache », ne semblent plus en vogue actuelle- aussi moins de crainte et de respect pour les forces de l’ordre aussi bien de la part ment. Le datura a probablement été délaissé car son maniement est délicat, la marge des dealers que des habitants dans certains quartiers, ce qui ne facilite pas la tâche entre la dose produisant les effets recherchés et celle provoquant des effets toxiques Les autres hallucinogènes dont l’usage progresse en métropole : kétamine, Les perceptions
protoxyde d’azote et gamma OH, ne sont a priori pas disponibles sur le marchémartiniquais.
Le cannabis bénéficie d’une image plutôt favorable auprès de la majorité des jeunes, qu’ils consomment ou non. Ceux-ci justifient son innocuité par la médiatisation qui est Les médicaments psychotropes
faite autour de son utilisation en tant que « médicament » et pensent que l’alcool estnettement plus dangereux pour la santé. Lorsqu’ils sont interpellés pour consomma- L’usage détourné de benzodiazépines ou d’Artane®, un médicament utilisé dans tion sur la voie publique, ils sont souvent surpris de savoir que son usage est interdit le traitement de la maladie de Parkinson, est très peu présent en Martinique. Il a par la loi. Mais on note aussi qu’il existe une petite proportion de jeunes qui, pour été rapporté qu’en prison certaines prescriptions de neuroleptiques ou de psycho- expliquer que la consommation de cannabis puisse avoir des effets négatifs, raconte que tropes étaient détournées pour être fumées. Par ailleurs, il n’a été retrouvé aucun l’herbe serait cultivée sous serre et que l’on pulvériserait du crack dessus.
consommateur de Rohypnol® au cours de l’enquête transversale « bas seuil ».
Le haschich, qui est disponible en Martinique depuis peu, bénéficie a priori d’une image moins favorable que l’herbe. Son mode de présentation, compressé, Phénomènes émergents
fait qu’on suspecte l’ajout d’autres produits au cannabis. Certains jeunes pensaientmême qu’il s’agissait d’un produit totalement différent de l’herbe de cannabis les Les tendances émergentes des deux ou trois dernières années concernent essen- premières fois où ils ont été en contact avec le produit.
tiellement le développement du marché de la résine de cannabis et l’apparition, en Le crack n’a pas la même aura que le cannabis, certains disent que « l’herbe quantités encore minimes, d’autres produits comme l’ecstasy ou peut-être l’héroïne c’est la magie blanche, alors que le crack c’est la magie noire, le diable ». Il semble fumée ou sniffée. Le cannabis se banalise chez les jeunes et les effets négatifs du cependant que l’influence du magico-religieux soit moins marquée, le risque de crack commencent à être mieux connus. Les nouveaux utilisateurs, soit ne sont pas dépendance liée à la consommation est mieux connu.
attirés par ce produit et associent alors cannabis et alcool, soit se laissent prendre Mais tout dépend des usagers. Certains, surtout ceux dont la situation sociale est la au piège, et il semblerait qu’ils commencent plus souvent par consommer directe- plus difficile, trouvent que le crack leur donne la force pour affronter chaque jour la ment avec des pipes au lieu de passer par les black-joint.
société et qu’il les aide à tenir le coup. En revanche, lorsqu’ils ont décidé d’arrêter, ils On remarque aussi que désormais toutes les communes de l’île sont concernées disent que ce produit est maléfique, ils le diabolisent pour mieux pouvoir s’en détacher.
et que les lieux autrefois stratégiques d’approvisionnement cèdent la place à des Les plus jeunes ont pu remarquer les effets de la consommation sur leurs aînés endroits plus éloignés des villes et moins contrôlés par les forces répressives. On a et ne se sentent pas attirés par ce produit. En fonction du mode de consommation, assisté à une multiplication de petits dealers dont les outils de travail essentiels sont black-joint ou pipes, les utilisateurs définissent une gradation dans la toxicomanie le scooter ou la moto et le téléphone portable.
comparable à ce que l’on observe en métropole entre usagers non-injecteurs etusagers injecteurs.
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Les dealers également sont conscients de la dangerosité du crack, d’ailleurs, le plus souvent, ils n’en consomment pas ou alors quelques black-joint, mais ils disentque ce produit leur donne « le pouvoir » sur les autres (les usagers). Certains petitsdealers, attirés au début par l’argent facile que procure le crack, finissent par enprendre en pensant pouvoir gérer leur consommation.
CONCLUSION
Les autres produits, peu consommés, sont souvent méconnus. Mais, d’une manière générale, en dehors de l’herbe et de l’alcool, tous les autres produits nebénéficient pas d’une image favorable pour les consommateurs de crack. Par exem-ple, ils ne sont pas attirés par les médicaments détournés de leur usage comme cela Les éléments présentés dans ce rapport ne prétendent pas donner une image est observé chez les consommateurs d’opiacés en métropole. Les nouvelles drogues parfaite et exhaustive de la situation de la toxicomanie en Martinique. Étant un de synthèse également sont regardées avec méfiance : « Ce ne sont pas des produits phénomène illégal, impliquant de nombreuses personnes, il n’est pas toujours facile naturels, on ne sait pas ce qu’il y a dedans. » d’en avoir une vision exacte. Ce premier rapport TREND ne pourra que s’amélio- Globalement, les produits qui « plaisent » aux usagers en Martinique sont des rer au fil du temps grâce notamment à toutes les personnes qui fournissent des produits que l’on peut fumer. L’héroïne, notamment, fait peur car elle s’injecte.
informations et que nous remercions pour leur collaboration.
Chez les jeunes on n’assiste pas, comme en métropole, au développement des Les principaux éléments d’observation pour la Martinique font ressortir un éven- drogues de synthèse lié aux rave-party. Même si on commence à trouver un peu tail plus restreint de produits utilisés par rapport à d’autres territoires géographiques, d’ecstasy en Martinique, le fait que ce soit un produit synthétique, présenté sous avec toujours une large prépondérance du cannabis et du crack. La cocaïne connaît forme de comprimé et associé à une musique qui n’est pas en accord avec la culture une certaine vogue dans des milieux assez fermés et aisés. L’héroïne serait plus uti- locale, ne conduira probablement pas à une utilisation large chez les jeunes lisée qu’auparavant, principalement sous forme fumée ou sniffée, mais malgré cela l’usage des opiacés reste globalement minoritaire. Même si on commence à parler Une enquête réalisée auprès d’un échantillon représentatif de la population de plus en plus d’ecstasy, les produits de synthèse ne font pas de percée, probable- générale adulte de Martinique montre que les perceptions diffèrent selon le statut ment parce qu’ils ne correspondent pas aux attentes des utilisateurs locaux.
licite ou illicite du produit consommé.
L’image des produits évolue également, le cannabis se banalise chez les jeunes En effet, 79 % des personnes interrogées considèrent que quelqu’un qui prend et les effets négatifs du crack commencent à être mieux connus avec un recul du régulièrement des drogues est anormal et 83 % le jugent dangereux. Ils ne sont plus que 67 % à considérer comme anormal quelqu’un qui boit régulièrement des boissons Chez les usagers, la tendance serait au rajeunissement avec un abaissement de alcoolisées et 69 % à le juger dangereux.
l’âge des premières consommations. On observe également une augmentation dunombre de consommateurs avec une offre qui concerne désormais l’ensemble duterritoire de la Martinique.
Le trafic se caractérise toujours par une multiplicité de petits réseaux, mais avec une augmentation de la violence entre dealers ou entre dealers et usagers.
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LISTE DES SIGLES
APEX : Association martiniquaise de prévention de l’exclusion sociale
CAP : Certificat d’aptitude professionnelle
CH : Centre hospitalier
CHU : Centre hospitalier universitaire
CIFAD : Centre interministériel de formation antidrogue
CIRDD : Centre d’information et de ressources sur les drogues et les dépendances
CISIH : Centre d’information et de soins de l’immunodéficience humaine
CSRM-USSARD : Centre de soins et de réinsertion de la Martinique - Unité
spécialisée de soins ambulatoires et recherche sur les dépendances
CSST : Centre spécialisé de soins pour toxicomanes
DSDS : Direction de la santé et du développement social
ESCAPAD : Enquête sur la santé et les consommations de drogues lors de la Journée
d’appel de préparation à la défense
INSEE : Institut national de la statistique et des études économiques
HTLV 1 : Human T-cell Lymphotropic Virus type 1
OFDT : Observatoire français des drogues et des toxicomanies
OCRTIS : Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants
OMASS : Office des missions d’action sociale et de santé
OSM : Observatoire de la santé de la Martinique
SMPR : Service médico-psychologique régional
TREND : Tendances récentes et nouvelles drogues
UEJD : Unité d’écoute pour jeunes en détresse
VIH : Virus de l’immunodéficience humaine
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Source: http://www.ors-martinique.org/cirdd/telechargements/Trend/trend%202001_martinique.pdf

Health and safety information

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